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Les systèmes de santé en Afrique répondent difficilement aux normes internationales établies par l’Organisation mondiale de la santé. Le ratio de 1 médecin pour 10 000 habitants demeure encore un énorme défi pour plusieurs pays africains. Le contexte sanitaire dans la plupart de ces pays est précaire. Et les questions de financement du système sanitaire sont un véritable problème en Afrique.
La télémédecine représente une des options idéales pour le développement des systèmes de santé en Afrique au vu de la démocratisation fulgurante des outils de communication. Elle consiste essentiellement en la prise en charge à distance des patients. Et elle permet de pallier plusieurs maux, notamment l’insuffisance de ressources humaines qualifiées. Ainsi, le développement de la télémédecine en Afrique, en plus d’être un véritable enjeu de santé publique, représente un outil d’équité d’accès aux soins pour les Africains.
Voici tout ce que vous devez savoir sur la télémédecine en Afrique.
Qu’est-ce que la télémédecine ?
La Télémédecine est un concept émergent qui consiste en l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour la fourniture de services médicaux à distance. Elle représente l’ensemble des pratiques médicales permises par les outils de télécommunication. C’est une composante non-négligeable de l’e-santé qui favorise les prestations en matière de santé et l’échange d’informations médicales à distance.
Dans le contexte africain, la télémédecine est une ressource majeure, car elle pourrait surtout améliorer l’accessibilité aux soins de santé de la population. En effet, l’Afrique demeure à ce jour le continent dont les enjeux en matière de santé sont conséquents et critiques. Parmi les 57 pays au monde victimes d’un manque révoltant de personnel de santé, on y retrouve 36 pays africains. Selon l’OMS, en Afrique, il n’existe que 1.3 % de professionnels de la santé avec 0.21 médecin pour 1000 habitants. L’Afrique subsaharienne abrite 11 % de la population mondiale, mais porte cependant 25 % de la charge de morbidité mondiale et doit faire face à d’innombrables défis.
En effet, le continent africain, en plus d’assurer sa transition sur le plan épidémiologique, doit assurer la lutte contre le développement de maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle, les cancers et biens d’autres. De plus, ce dernier mène déjà d’une part une lutte contre les maladies endémiques comme la tuberculose, le paludisme, l’hépatite B, le VIH/SIDA. D’autre part, l’Afrique doit faire face également aux maladies infectieuses émergentes à l’instar de la COVID-19, Lassa, Ebola, la Variole du singe.
Et le manque de personnel de santé qualifié retarde énormément la prise en charge dans les délais adéquats des patients, ce qui alourdit le taux de décès en Afrique chaque année. L’Afrique porte uniquement 3 % du personnel de santé à l’échelle mondiale, mais en fournit pourtant un nombre important aux pays développés. En 2002, des études ont montré que 30 % du personnel infirmier en Afrique subsaharienne travaillait hors du continent. Les problèmes sanitaires des pays en voie de développement de l’Afrique sont immenses, ce qui rend difficile l’accès des populations d’Afrique à des produits et des services de santé de qualité optimale.
L’ampleur de la crise sanitaire en Afrique subsaharienne est effrayante et cette dernière est accentuée par la fragilité des systèmes de santé ainsi que le manque d’équipements médicaux. Annuellement, l’Afrique subsaharienne enregistre des milliers de décès en matière de paludisme à cause du retard de prise en charge. Au moins un enfant meurt par jour du paludisme en Afrique. De plus, on enregistre plusieurs cas de fistules obstétricales dont les étiologies sont généralement le retard de prise en charge, le manque de personnel qualifiés et de soins de qualités ainsi que la difficulté d’accès aux centres de santés.
À tout cela, s’ajoute la répartition territoriale, particulièrement inégale, des ressources médicales, humaines et matérielles. De plus, le financement du système de santé en Afrique subsaharienne est particulièrement dérisoire. Douze ans après l’adoption de la déclaration d’Abuja en avril 2001, seulement six pays africains arrivent à allouer 15 % de leur budget national dans le secteur de la santé. Et environ 11 pays africains peine à investir 5 dollars USD ou moins dans leurs systèmes de santé par individu et par an.
Le domaine de la santé numérique s’offre alors comme l’une des solutions pour pallier de nombreux problèmes sanitaires. Vu la large insertion des matériaux de télécommunications dans la population africaine, notamment la téléphonie mobile, la cybersanté pourrait constituer une aubaine pour le développement des systèmes de santé africains. La télémédecine en Afrique vient répondre à un triple problématique que sont :
- La pénurie importante des médecins
- L’isolement géographique des populations
- L’accès facilité à des meilleurs services de santé
Législation et réglementation de la télémédecine en Afrique
Selon l’OMS, la télémédecine fait partie intégrante de la médecine. Elle permet la fourniture des soins de santé à un être numérisé vivant, lorsque la distance ou l’isolement du patient sont tous deux des facteurs de mauvais pronostic pour sa santé. Les médecins utilisent les technologies de l’information et de la communication pour poser les diagnostics, faire l’e-traitement, l’e-prévention, l’e-recherche, l’e-éducation ainsi que l’e-formation continue.
Suivant le Code de la santé publique dans plusieurs pays africains, la télémédecine est une forme de service médical à distance qui fait usage des technologies de l’information et de la communication. Elle est considérée comme une branche de la télésanté. Ainsi, la pratique de l’e-médecine est totalement légale sur le continent africain.

Les différentes formes de télémédecine
La télémédecine, c’est simplement une autre manière de soigner avec néanmoins les mêmes exigences en matière de qualité de soins et de sécurité. Son application demande l’utilisation de technologies comme :
- Les systèmes de transmission de données
- Les dispositifs de surveillance à distance
- Les applications
- Les plateformes de communication
Par ailleurs, la télémédecine peut être pratiquée sous différentes formes par le biais de ces différentes technologies. Elle inclut essentiellement plusieurs techniques, dont voici la présentation.
La téléconsultation
C’est un axe de la télémédecine qui permet à un spécialiste de la santé d’octroyer une consultation à distance à un patient. Un professionnel de la santé peut assister le patient en présentiel ou dans un autre cas assister le spécialiste au cours de la téléconsultation.
De plus, aucune situation clinique n’est a priori exclue de la téléconsultation. Par ailleurs, certains critères d’éligibilité sont néanmoins requis, notamment : l’état cognitif, l’état psychique et l’état physique du patient. En réalité, quand ces derniers sont altérés, une personne de l’entourage du patient ou un personnel soignant est indispensable auprès du patient pour une téléconsultation.
Par ailleurs, le consentement du patient est fondamental pour une téléconsultation. Les différents échanges avec le patient où avec les autres professionnels de la santé doivent absolument être sécurisés. La qualité de la communication à distance doit impérativement être le meilleur possible afin de garantir une communication fluide, claire, simple et précise entre le malade et le médecin. Les séances de téléconsultation doivent être retracées dans les parcours de soins du patient ainsi que dans la filière de soins coordonnée par son médecin traitant.
La téléexpertise
La téléexpertise est la branche de la télémédecine qui permet à un professionnel de la santé de solliciter l’avis ou l’expertise d’un ou plusieurs autres professionnels médicaux pour la meilleure prise en charge d’un patient en fonction de ses informations médicales. Et ceci, en raison de leurs compétences ou de leurs formations médicales. C’est un échange ou un partage d’information médicale sur un patient, hors de la présence de ce dernier entre deux ou plusieurs professionnels de santé, par le biais d’une messagerie de santé sécurisée ou une plateforme e-santé sécurisée.
La téléexpertise représente une forme de télémédecine qui autorise un médecin nommé « médecin requérant » à demander à distance à son confrère, c’est-à-dire « médecin requis » son avis sur un cas médical. Toute situation médicale est a priori concernée par la télémédecine, le médecin requérant doit néanmoins avoir le consentement du patient au préalable. Le recours à la téléexpertise relève entièrement de l’ordre du médecin requérant ; par ailleurs, le médecin requis est totalement en droit de refuser, en particulier si ce dernier estime que les informations médicales sont insuffisantes.
La téléimagerie
C’est un acte d’imagerie médicale réalisé à distance grâce à des dispositifs utilisant les technologies de l’information et de la communication. Il s’agit de la radiologie, de l’imagerie par résonance magnétique, de la tomodensitométrie, de la scintigraphie et de la tomographie par émissions de positons. Ainsi, quel que soit le lieu où se trouve le patient, la téléimagerie favorise l’accès aux examens d’imagerie et l’interprétation par des experts dans le domaine.
Elle complète l’imagerie médicale conventionnelle, c’est-à-dire en présentiel, tout en optimisant l’offre de soins à la population. Elle met en réseau les plateformes, demandeurs de téléexpertise et les imageurs à distance. Par ailleurs, les règles de radioprotection du patient et du personnel de santé doivent impérativement être respectées. La communication doit être fluide entre l’imageur et le médecin demandeur ou encore le patient. La téléimagerie c’est simplement la réalisation et l’interprétation à distance d’examen d’imagerie médicale.
La télésurveillance médicale
Elle permet à un agent de la santé de coordonner le suivi médical à distance d’un patient. C’est un acte médical qui consiste à ce qu’un médecin interprète à distance, par le biais d’un dispositif médical numérique, les informations médicales d’un patient recueillies dans son milieu de vie. Ainsi, ce dernier pourra prendre des décisions en rapport avec la prise en charge adéquate de ce dernier.
La télésurveillance médicale est une branche de la télémédecine qui permet d’améliorer le suivi des patients, surtout ceux souffrant de pathologies chroniques. Le suivi médical est plus régulier et le personnel médical est plus vite alerté en cas d’urgence, ce qui leur permet d’adapter la prise en charge le plus tôt possible.

L’évolution de la télémédecine en Afrique
L’Afrique est un continent en développement avec des défis sanitaires significatifs. L’utilisation des nouvelles technologies pour l’optimisation de l’accès aux soins de santé est devenue plus qu’indispensable. C’est à juste titre que la télémédecine est devenue un outil de travail indéniable et connaît, depuis lors, une évolution fulgurante en Afrique.
L’historique du début de la télémédecine en Afrique
La télémédecine est apparue en Afrique aux débuts des années 90 où son besoin s’est fait ressentir. Par ailleurs, la pénurie des infrastructures de communication fut un véritable frein à son développement à cette époque.
Cependant, l’e-santé va connaître une véritable expansion à partir des années 2000 grâce à l’avènement des nouvelles technologies de communication. La mondialisation de l’internet sera par la suite la porte d’entrée de nouvelles opportunités pour la télémédecine en Afrique.
C’est ainsi que sera mis en place dans les années 2000 par la Suisse le Réseau en Afrique Francophone pour la Télémédecine, c’est-à-dire le RAFT et par l’Inde le Pan-African-e-Network Project.
Le RAFT
Le RAFT est une idée qui verra le jour sous la demande des médecins maliens. Ces derniers souhaitaient collaborer à distance avec leurs collègues se trouvant dans les zones rurales africaines. Des projets pilote seront conduits au Mali et en Mauritanie avant la création effective du RAFT en 2003 sous la direction des Hôpitaux Universitaires de Genève ainsi que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le projet est dirigé par le professeur Geissbuhler avec comme coordinateur international le docteur Cheick Oumar Bagayoko qui était le directeur général du Centre d’Expertise et de Recherche en Télémédecine.
L’objectif du RAFT, c’est de contribuer à l’utilisation des outils informatiques élémentaires, résistants et en adéquation avec les conditions locales pour une communication ou une collaboration aisée entre les professionnels de la santé. Leur but est aussi de faciliter l’apprentissage à distance pour le personnel de la santé, mais également de diminuer l’isolation de ces derniers. Par ces différentes actions, le RAFT veut optimiser les conditions de travail et l’efficacité des différents personnels de la santé afin de garantir une excellente qualité de soin aux patients.
C’est alors qu’au Mali, un médecin dans une zone rurale, connecté à Internet, peut demander un avis à distance à ses collègues, à Bamako ou Genève par exemple. Tout médecin au Mali ou en Mauritanie pouvait suivre des formations à distance, par exemple l’épidémiologie et la santé publique à l’université de Bordeaux. En effet, le RAFT est spécialisé principalement dans deux activités : la téléconsultation et la formation continue.
En matière de formation continue, le RAFT permet qu’un cours donné par un professeur à Dakar par exemple soit suivi par des milliers de participants répartis dans plusieurs pays de l’Afrique francophone. Et chaque participant a le droit de poser des questions pour plus d’éclaircissements et de faire également des apports pour étayer le sujet.
Le Pan-African-e-Network Project
Le Pan-African-e-Network Project est un projet de réseau électronique panafricain entre l’Inde et l’Afrique. C’est un programme en rapport avec les nouvelles technologies de l’information et des communications (TIC).
Le but du projet est d’assurer la connexion entre les 55 pays membres de l’Union africaine et l’Inde via un large réseau par satellite et fibre optique. Et cela, dans l’optique de favoriser l’accès ainsi que le partage d’expertise entre l’Inde et les pays africains dans de multiples domaines, notamment la télééducation, la télémédecine et biens d’autres.
Le Pan-African-e-Network Project est une idée de l’ancien président indien APJ Abdul Kalam qui a proposé la création du réseau en 2004 lors du sommet panafricain à Johannesburg. Le projet est initié en février 2009 avec un coût total s’élevant à 125 millions de dollars.
La première phase du projet inclut 11 pays, dont le Bénin, le Soudan, l’Éthiopie, le Burkina-Faso, le Gabon, les Seychelles, le Nigeria, le Sénégal, la Gambie, le Ghana, le Rwanda, les îles Maurice.
Une deuxième phase sera ensuite lancée en 2010 avec 12 autres pays africains, particulièrement le Malawi, L’Érythrée, la Libye, l’Ouganda, la Somalie, l’Égypte, le Burundi, la Zambie, la Côte d’Ivoire, le Djibouti, le Botswana et le Mozambique.
Le projet inclut un large réseau de câbles électroniques de communication sous-marine. Il existe également une connectivité satellite dont la fourniture est assurée par des transpondeurs en bande C des satellites RASCOM ou INTELSAT-904. Le Pan-African-e-Network Project dispose aussi d’une station terrienne centrale basée au Sénégal. Cette dernière est connectée à toutes les universités et hôpitaux spécialisés participants aux projets. Cela est possible grâce à un circuit international privé loué qui assure le relais entre la station terrienne centrale du Sénégal avec la station d’atterrissage de câble sous-marin de l’Inde.
Et chacun des pays africains partenaires ont à leur disposition un terminal de télémédecine, un terminal de téléenseignement et enfin un nœud de communication VVIP. Le Pan-African-e-Network Project comprend 169 terminaux avec un hub central qui fait usage d’une technologie de pointe absolument compatible avec les technologies à bande large comme les WIFI et WiMax. Le projet relie cinq universités africaines avec sept autres universités indiennes. Douze hôpitaux super spécialisés indiens sont reliés via le projet à cinq hôpitaux africains et cinquante-trois centres de télé-enseignements et de télémédecine.
Plusieurs universités indiennes sont partenaires du projet tels que : l’Amity University de Nodia, l’Université de Madras, l’Indira Gandhi National Open University, le Birla Institute of Technology and Science et l’Université de Delhi.
De plus, plusieurs centres médicaux sont aussi partenaires du Pan-African-e-Network Project notamment : Escorts Heart Research Center, Moolchand Hospital, New Delhi, Sri Ramachandra Medical College and Research Center, Chennai, Apollo Hospitals, Kochi, Care Hospitals à Hyderabad, Narayana Hrudayalaya, Amrita Institute of Medical Sciences, KEM Hospital, Noida, Mumbai, Health Care Global Hospital bengaluru, et enfin Sanjay Gandhi Postgraduate Institute of Medical Sciences.
En Afrique, les centres médicaux partenaires sont l’université de Yaoundé, l’université des sciences et technologies Kwame Nkrumah, l’université Makerere, l’hôpital du Congo-Brazzaville et l’hôpital Ibadan du Nigeria.
L’objectif du Pan-African-e-Network Project est de permettre à 10 000 étudiants de bénéficier sur une durée de cinq années des cours à distance leur permettant d’obtenir un certificat d’études supérieures et post-universitaires.
Le Pan-African-e-Network Project vise surtout le développement du transfert de compétences de l’Inde vers les pays africains partenaires via la mise en place de programme de formation médicale continue. Ces derniers permettent la formation à distance des professionnels de la santé, même ceux situés dans les centres médicaux les plus éloignés de l’Afrique. Et ceci, dans l’optique de favoriser l’égalité à l’accès aux soins de qualité par la population africaine, même ceux habitant les zones rurales.
Les facteurs stimulant le développement de la télémédecine en Afrique
Avec l’émergence de l’internet et des outils de communication, plusieurs gouvernements africains ont alors inclus la télémédecine dans leurs différentes politiques de santé publique. Et bons nombres d’initiatives communautaires sont mises en place pour le développement de la télémédecine dans les zones rurales africaines. La télémédecine connaîtra dès lors une évolution majeure dans les pays africains.
Aujourd’hui, plusieurs milliers de professionnels participent aux activités du RAFT dans environ plus d’une vingtaine de pays africains. Avec le RAFT, vous pouvez suivre des programmes de formations médicales en continu, recourir à l’aide d’autres professionnels de la santé pour des interprétations à distance d’images de radiographies, d’images d’échographies, de vidéos ou images de scanners, voire d’imagerie par résonance magnétique, des photographies de lésions cutanées, des tracés d’électrocardiogrammes.
Par le biais du RAFT, plusieurs personnels de santé arrivent à obtenir des conseils pour la prise en charge des pathologies difficiles. Le RAFT est actuellement l’un des plus grands réseaux de télémédecine sur le continent africain. Le Pan-African-e-Network Project quant à elle a rencontré beaucoup de succès sur le sol africain. Plusieurs pays ont installé des matériaux de télééducation et de télémédecine dans l’optique de permettre l’accès des professionnels de la santé à l’expertise indienne au plan national.
Le projet Pan-African-e-Network Project remporte le prix Hermès en matière d’innovation en 2010 par l’Institut Européen des Stratégies Créatives et de l’Innovation. Ce succès foudroyant va alors motiver le Premier ministre Manmohan Singh en 2011 au cours du sommet du forum Inde-Afrique à Addis-Abeba à proposer la mise en place d’une université virtuelle Inde-Afrique. Voici quelques facteurs ayant stimulé l’évolution de la télémédecine en Afrique.
La difficulté d’accès aux soins de santé
C’est l’un des facteurs cruciaux qui a favorisé l’évolution de la télémédecine en Afrique. L’accès aux soins de santé est un défi majeur pour les pays africains. De plus, les infrastructures médicales sont très insuffisantes, spécialement dans les zones rurales africaines. Avec la télémédecine en Afrique, les patients peuvent facilement avoir l’accès aux soins. Ils peuvent de surcroît obtenir les diagnostics et être traités à distance, ce qui baisse considérablement les dépenses en matière de déplacement. Et cela réduit les retards de prise en charge potentiellement dangereux.
Les technologies de l’information et de la communication
Les différentes technologies de l’information ont vraiment connu une avancée majeure en Afrique au fil des années. L’Internet, les tablettes, les ordinateurs et téléphones portables sont dorénavant largement disponibles sur tout le continent africain. L’augmentation de la connectivité internet et des téléphones portables a créé un environnement favorable pour de nouvelles opportunités en télémédecine, notamment :
- Les consultations en ligne
- Le suivi à distance des patients
- L’échange d’images médicales
La télémédecine ou encore l’e-médecine est donc plus facile à mettre en place et à utiliser dans plusieurs régions africaines. Cela va énormément contribuer au développement de la télémédecine dans de nombreux pays de l’Afrique. L’évolution absolument rapide des différentes technologies de l’information et de la communication a joué un rôle décisif dans le développement de la télémédecine en Afrique.
La formation du personnel de santé
La qualité de la formation des professionnels de santé est déterminante dans la garantie de l’efficacité de la télémédecine. Les professionnels de la santé doivent, en plus de leur formation médicale, bénéficier d’une formation en télémédecine et en utilisation des nouvelles technologies de communication en général. C’est à cet effet que les organismes de santé et les gouvernements investissent dans la formation des personnels de santé afin d’assurer un usage édifiant de la télémédecine.
Et plus les agents de la santé sont formés pour la e-médecine et plus cette dernière est propulsée dans le système sanitaire Africain. La cybersanté a connu une évolution non-négligeable depuis son avènement en Afrique il y a des décennies. Les organisations de la santé, les États africains ainsi que les communautés locales ont énormément participé à son développement en œuvrant pour l’exploitation des opportunités offertes par les différentes technologies de l’information et de la communication.
Les innovations en télémédecine en Afrique
Plusieurs projets de télémédecine ont été mis en œuvre en Afrique depuis l’avènement de ce dernier, en dehors du RAFT ou du Pan-African-e-Network Project.
Au Bénin, la plateforme MEDSKY a vu le jour au décours d’un accord intergouvernemental entre le gouvernement béninois et la France. Le but du projet est de générer un réseau de télémédecines informatives par satellite entre le Centre National Hospitalier Universitaire Hubert KOUTOUKOU Maga (CNHU/HKM) de Cotonou et cinq hôpitaux départementaux, quatre hôpitaux de zones ainsi que les hôpitaux français.
Au Sénégal, grâce à une plateforme nommée VEPRO une télémédecine informative visant spécifiquement la téléimagerie entre les hôpitaux sénégalais a vu le jour. D’autres projets de grandes envergures ont également été initiés comme :
- Le programme Trading Medical knowledge qui permet aux médecins africains francophones d’interpeller leurs collègues sur des situations cliniques complexes
- Le programme de télécardiologie de l’Afrique de l’Ouest consiste en des consultations cardiologiques à distance via des technologies de télémédecine
- Le projet Point of Care HIV/AIDS Therapy Monitoring (PIMA) favorise la surveillance de la charge virale des personnes séropositives par les médecins
Le programme énergie solaire, télésanté et protection sociale pour transformer la santé communautaire au Mali est un projet de santé digitale créé en 2020. Elle est issue d’une collaboration entre le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) du Mali, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Université de Sherbrooke. Les centres bénéficiaires du projet ont été dotés de panneaux photovoltaïques qui sont des sources en énergies renouvelables. Il a été aussi mis à leur disposition des matériaux informatiques et des logiciels performants. Ceci a considérablement amélioré le système sanitaire de ces centres avec les dossiers médicaux informatisés, les téléconsultations ; l’optimisation des systèmes de gestion des pharmacies et les dossiers de laboratoire, les modules administratifs et financiers ainsi que les formations continues.
L’African Medical and Research Foundation (AMREF) qui est une ONG basée à Nairobi, a longtemps œuvré dans la télémédecine en Afrique en créant par exemple un programme de télémédecine informative au Sénégal, au Mali et en Guinée. Elle développe dans ces différents pays des pratiques médicales comme : la téléconsultation, la téléradiographie, la télééchographie ou encore la téléexpertise. Elle organise des formations en e-learning pour les sages-femmes depuis 2011 via son projet STAND-UP for African For Mothers dans l’optique de réduire les mortalités maternelles et infantiles. L’AMREF a aussi initié des programmes de télémédecine au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Une multitude d’autres programmes de télémédecine ont vu le jour en Afrique par différentes organisations non gouvernementales ou les systèmes des nations unies.
Les avantages de la télémédecine en Afrique
La télémédecine a pour rôle en Afrique l’optimisation de la qualité des soins reçue par les patients dans le protocole thérapeutique. Sa mise en place est centrée autour du bien-être et du profit des patients en ce qui concerne leur prise en charge. La télémédecine présente de nombreux bénéfices pour l’Afrique, dont voici une brève description.
L’amélioration des performances des médecins africains
La télémédecine permet aux médecins africains d’avoir plus de facilité à échanger entre spécialistes, chercheurs, et praticiens de différents ordres sur les pathologies et l’évolution des protocoles thérapeutiques dans leur zone de résidence, et même au-delà des frontières africaines. Ceci contribue énormément en l’amélioration de la qualité des soins que ces derniers procurent aux malades. La personnalisation des soins et des pathologies qu’offre la télémédecine en Afrique garantit aux patients un confort extrême.
De plus, la télémédecine favorise une meilleure qualité d’échanges entre les différents professionnels de santé, notamment entre les médecins spécialistes et les infirmiers par exemple. La résultante de cette interaction entre les personnels de santé réside spécialement dans le transfert de compétences qui optimise considérablement les performances de ces derniers à l’échelle mondiale.
En Afrique, dans certaines régions, les médecins sont une denrée rare et parfois dans un centre hospitalier, il n’y a qu’un seul médecin. Ce dernier doit à lui tout seul diagnostiquer et prescrire la thérapie qu’il pense adéquate pour le patient sans bénéficier de l’avis d’un autre médecin ou d’un spécialiste. Ceci entraîne le développement du travail en solitaire au détriment de l’approche collective qui est de mise en médecine. Et même dans un contexte de complications d’une pathologie qui amène ce médecin à référer le patient dans les hôpitaux de référence, ce dernier n’a plus de retour sur l’actualité médicale du patient.
De plus, les spécialistes en cas d’insuffisance d’informations médicales dans la lettre de référence ont beaucoup de difficultés à communiquer avec leur collègue.
Cependant, avec l’avènement de la télémédecine en Afrique, l’approche collective est de plus en plus ancrée dans les pratiques médicales.
De plus, avec l’e-médecine, il s’impose progressivement aux médecins l’évaluation et l’appréciation à postériori d’un acte médical posé, ou simplement de l’activité professionnelle en général.
La télémédecine permet aussi aux médecins d’avoir accès à un meilleur plateau technique. Des données de qualité irrémédiable sont mises à la disposition des agents de santé pour garantir une meilleure prise en charge médicale. Ces derniers, grâce à l’e-médecine, ont accès à de nouveaux appareils de pointe pour mieux exercer leur fonction, surtout en ce qui concerne la détermination des diagnostics. De plus, l’e-learning permet aux professionnels de la santé de renforcer leurs capacités intellectuelles dans le cadre médical.
Meilleur service de santé pour les patients
La télémédecine est très avantageuse pour l’Afrique, car elle permet aux patients d’avoir un meilleur suivi, d’être mieux conseillé ; de bénéficier d’une meilleure prise en charge. Les patients, peu importe leur zone de résidence, ont la possibilité d’avoir facilement accès à des soins médicaux aux moyens de leur portable ou pc.
La cybersanté à favoriser la réorganisation et la décentralisation de l’offre des soins. En effet, la téléconsultation, la téléexpertise ou encore la téléimagerie bouleversent la carte sanitaire des différents pays africains, en particulier la hiérarchisation des centres de santé.
La radiographie, l’échographie ou l’électrocardiogramme qui n’étaient réalisés que dans les hôpitaux de références deviennent grâce à la télémédecine possible à faire dans les zones rurales africaines. La consultation des spécialistes qui requiert le plus souvent le déplacement des malades vers les centres sanitaires de grande envergure devient actuellement possible dans les zones reculées. Ainsi, la télémédecine permet une meilleure couverture sanitaire en assurant l’équitabilité de l’accès aux soins aussi bien pour les ruraux que les citadins. Cela privilégie par la même occasion l’augmentation des recettes des structures sanitaires comme les pharmacies ou les laboratoires.
La priorisation du bien-être et du confort du patient
La télémédecine met prioritairement en avant le bien-être et la sécurité des patients.
En Afrique, la population émet généralement beaucoup de réticence à l’hospitalisation. La plupart de la population perçoit l’hospitalisation comme un enfermement au lieu de l’assimiler à un moment de quiétude et surtout de repos. Avec la télémédecine, en fonction de la situation clinique, ils peuvent bénéficier d’un suivi médical depuis leur domicile. Cela règle indirectement les difficultés liées au manque de capacités d’accueil criard des centres sanitaires qui bien évidemment ne se développent pas aussi rapidement que la démographie africaine.
De plus, le système sanitaire africain pousse les personnes hospitalisées à avoir des accompagnants, car l’alimentation et les différents besoins des patients est assuré par ces derniers. La présence de ces garde-malades favorise une plus forte pression sur les infrastructures sanitaires. Cela peut des fois altérer la qualité des soins du fait de la présence permanente de ces derniers au chevet de la personne souffrante. L’e-médecine permet aux patients, selon leur pathologie, de rester dans le confort de leur maison pour se soigner et l’hospitalisation n’est requise qu’en cas de force majeure.
L’e-santé en Afrique contribue essentiellement à lutter contre les déserts médicaux, dynamiser les échanges entre professionnels de la santé, rendre plus accessible le personnel soignant pour les patients en assurant le rapprochement virtuel entre patients et personnels de la santé.
Les défis de la télémédecine en Afrique
La télémédecine est un domaine d’avenir en Afrique qui impacte de façon considérable le système sanitaire. Elle est très bénéfique pour le continent, car elle s’impose comme l’une des solutions idéales pour annihiler les limites du système sanitaire africain. Par ailleurs, elle reste encore peu développée en Afrique suite à de nombreuses contraintes.
L’obstacle technique
L’Afrique est un continent qui comprend plus d’un milliard d’habitants. C’est le deuxième continent le plus dense au monde. Toutefois, seulement 2.7 % de sa population est connectée à Internet. L’accessibilité aux réseaux de communication et à l’internet est encore particulièrement difficile dans certaines zones africaines. Les infrastructures de technologies et de communication sont encore très peu présentes dans certains pays africains. Le parc informatique africain est encore très fragile. Et une partie de la population aujourd’hui ne dispose pas de pc ou de smartphone. Il existe une fracture numérique considérable entre l’Afrique et les autres continents du monde. Ceci rend donc difficile la généralisation de la télémédecine à toute la population africaine.
De surcroît, dans la majorité des pays africains, le débit de la connexion internet est si faible qu’il ne permet pas l’installation d’appareils ou d’applications aussi lourds que ceux permettant les examens médicaux à distance. La télémédecine africaine est aussi confrontée aux difficultés en rapport avec l’alimentation en énergie électrique. Seulement 10 % des milieux ruraux de certains pays africains sont alimentés en électricité.
Même dans les grandes villes africaines, l’électricité, bien qu’elle soit présente, est sujet à de longues coupures intempestives qui retardent les actes médicaux en matière de télémédecine. Tout cela limite énormément la disponibilité continue des appareils de nouvelle technologie et de l’information. Pour assurer le fonctionnement des dispositifs installés dans le cadre de la télémédecine, des groupes électrogènes sont requis pour permettre l’alimentation permanente en électricité. Certaines structures sanitaires africaines, notamment les grands hôpitaux, disposent pour la plupart de leur groupe électrogène pour pallier les contraintes liées aux coupures d’électricité.
Le faible pouvoir d’achat de la population
La plupart des pays africains ont généralement un faible pouvoir d’achat. Par ailleurs, les actes médicaux proposés par la télémédecine ne sont pas gratuits. Les tarifs de ces derniers avoisinent ceux des grands hôpitaux en milieu urbain. La consultation chez un médecin généraliste est à environ 7 000 FCFA, et la consultation d’un spécialiste est a minima facturée à 10 000 FCFA. Les patients doivent dépenser 15 000 FCFA pour une radiographie, 17 000 FCFA pour une échographie ou encore 20 000 FCFA pour un électrocardiogramme. Ce sont des sommes énormes pour les personnes vivant en milieu rural africain.
En offrant une solution à la question de l’accessibilité des soins médicaux en milieu rural, la télémédecine n’a pas cependant réglé les défis liés aux coûts des actes médicaux. En effet, la mise en place de l’e-médecine nécessite des appareils à la pointe de la technologie, ce qui ne permet pas la gratuité des services médicaux de la télémédecine. Toutefois, en offrant les soins par télémédecine contre le paiement d’une certaine somme d’argent, une partie non-négligeable de la population africaine est dans l’incapacité de bénéficier des soins en raison de leur situation financière. La télémédecine en Afrique ramène les services de santé au plus près des patients, mais l’accès à ces derniers demeure difficile pour les personnes démunies.
L’aléa médical
Poser un bon diagnostic en télémédecine repose essentiellement sur la qualité des informations que fournit le patient au médecin. Elles doivent être détaillées et précises pour permettre aux personnels soignants d’établir le diagnostic adéquat. Par ailleurs, des études ont montré que pour plusieurs raisons, certains patients africains dissimulent des symptômes ou des informations médicales importantes afin de minimiser la gravité de leur pathologie. Certains redoutent l’hospitalisation au cas où leur pathologie serait jugée particulièrement grave, d’autres par pudeur se refusent de parler entièrement de leur pathologie au personnel de la santé. Le manque de moyen financier est aussi un facteur de dissimulation des informations médicales.
Généralement, en Afrique, l’établissement d’un bon diagnostic est le croisement entre les informations fournies par le malade à l’interrogatoire et l’examen physique de ce dernier par le médecin, en particulier l’auscultation. Avec la télémédecine, l’examen physique complet du patient est cependant quasi-impossible au vu de la distance entre le médecin et le malade. Il existe donc un aléa certain à baser un diagnostic simplement sur les seules informations apportées par un patient.
Toutefois, la télémédecine en Afrique est absolument importante. Elle peut être mise en application dans de multiples domaines de la santé, notamment pour les maladies infectieuses comme la tuberculose, le VIH/SIDA, les hépatites, l’Ebola ou le paludisme, afin d’assurer le suivi des patients et de limiter les transmissions. L’e-santé en Afrique est cruciale dans les cas de maladies chroniques comme l’hypertension artérielle ou les pathologies cardiaques, le diabète, le cancer, l’asthme dans le but de garantir un suivi en temps réel des patients pour adapter les traitements suivant les progrès de ces derniers. La télémédecine est aussi idéale dans le domaine de la santé maternelle et infantile. Elle a pour but d’optimiser les soins apportés à la mère et à l’enfant par le biais de la surveillance à distance pour prévenir les complications et mettre en place les traitements adéquats.





